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L’Estran est un établissement de L'A.P.C.A.R.S. dont la mission est l’accueil et l’orientation des publics « justice ». Environ 500 personnes sont prises en charge chaque année, dans le cadre d’un séjour d’un temps moyen de 3 semaines. Ces personnes sont essentiellement libérées d’établissements pénitentiaires de la région parisienne. L’orientation est étayée sur la recherche d’un hébergement adapté au profil de chaque personne. Les travailleurs sociaux évaluent et tentent d’apporter aussi des réponses aux questions administratives, de santé, juridiques ou professionnelles .Ils apportent un diagnostic précis de la situation sociale et l’organisation de stratégies d’accès à une solution d’autonomie. L'hébergé, en articulation avec des spécialistes des questions sociales liées à cette population, peut s’autoriser un travail de projection dans l’avenir précisément parce qu’il est dégagé ponctuellement des nécessités vitales qui gouvernent son quotidien d’errance. L’intervention de l’Estran est déclenchée sur demande travailleur social référent extérieur, intervenant auprès de la personne sur du moyen ou long terme...
Les personnes accueillies à l’Estran se caractérisent par au moins deux aspects. Elles ont connu l’incarcération et sont sans hébergement. Le profil moyen est celui d’un homme de 32 ans, ayant connu plusieurs fois la prison pour des peines courtes (moins de 1 an), avec des problèmes de socialisation antérieurs à l’incarcération. Souvent ces personnes présentent des troubles psychologiques et comportementaux et souffrent de pathologies somatiques liées à l’usage de toxiques. Elles revendiquent le droit à une situation d’autonomie et de confort qui contraste avec une organisation des moyens pour y parvenir peu efficace voire contradictoire. Notre observation a montré que les personnes que nous accueillons se caractérisent par une indigence touchant plusieurs aspects de leur existence. La déviance légale s’y inscrit assez logiquement. Aucune étude fiable ne permet d’évaluer la population totale qui pourrait être concernée par un dispositif tel que celui de l’Estran. Toutefois notre constat empirique est que la demande, en Ile-de France, est 2 à 3 fois supérieure à nos possibilités d’accueil.
La demande d’admission est présentée par un travailleur social, intervenant le plus souvent sur un temps moyen à long auprès de la personne dont le rôle est entre autre de préserver un continuum de l’accompagnement social. Le travail d’orientation débute dès l’appel téléphonique du référent. Il n’y a pas à l’Estran « d’épreuve d’admissibilité ». Dès lors qu’une personne répond aux critères public « justice » et n’a pas d’hébergement, elle peut être admise. Il en résulte une nécessité d’échange, d’information et de réflexion entre le travailleur social de l’Estran et le partenaire référent dont la qualité aura des conséquences directes sur la cohérence et l’efficacité du travail d’orientation.
Le moment de l’arrivée de la personne à l’Estran fait l’objet d’une attention toute particulière et l’accueil y est convivial. Cet accueil, souvent, surprend celui qui arrive et influence immédiatement son architecture des possibles en relativisant le poids des accueils de type administratif ou policier largement répandus dans cette population.
L’accueil téléphonique du référent et celui physique de l’arrivant, sont deux moments clés qui constituent une excellente prédictibilité de la qualité in-fine de l’orientation, étant entendu que l’orientation adaptée ou non se distingue de l’issue de l’orientation.
L’évaluation de la situation a débuté dès la prise de candidature avec le référent et abouti à l’énoncé d’un objectif de séjour. Le diagnostic des difficultés et atouts de l’arrivant sera précisé lors de son accueil et complété lors du second entretien. Il est nécessaire, pour adapter une orientation, d’avoir une vision globale des difficultés de la personne sur le plan de l’hébergement, de la situation administrative, sociale, pénale et judiciaire et de la santé. L’évaluation de la situation devant être la plus objective possible, le travailleur social de l’Estran doit régulièrement confronter cette dernière avec les réactions subjectives autant de l’hébergé et des travailleurs sociaux partenaires que des siennes propres. La présentation des situations en équipe est un appui à cette nécessité d’objectivité.
Le travail d’orientation fait donc intervenir deux dimensions : l’une technique qui articule le recueil d’informations et l’organisation d’une stratégie de recherche de solutions, l’autre relevant de l’art qui articule la rencontre et le maintien d’une situation propice à l’élaboration d’un projet plus globale. Si le temps des séjours est de trois semaines, le moment le plus productif en terme de qualité de travail d’orientation est lui extrêmement court. En considérant que le diagnostic des difficultés social s’organise sur la première semaine et que les derniers jours de l’hébergement font ré-émerger l’anxiété d’être confronté à une situation d’urgence, la période de plus grande potentialité est par conséquent très éphémère. Les schémas ci-après illustrent cette chronologie de travail.

Afin de constituer un révélateur de l’avancé du travail d’orientation et nous permettre d’anticiper une nécessité de correction de l’objectif du séjour, nous avons modélisé un facteur X décrit dans le graphique ci-dessous :

Ainsi, à chaque fois que lors du 1er entretien de la deuxième semaine, il n’a pas été possible d’élaborer une stratégie de recherche d’hébergement le facteur 'X' est constitué. Il s’agit alors de déterminer les éléments concrets définissant cause du 'X', d’en déterminer l’hypothèse la plus probable, et de corriger l’objectif initial en conséquence de cette observation. Ce modèle est issue de notre constat que l’objectif initial n’est jamais obtenue autrement que par hasard au bout de 3 semaine, si le travail d’orientation étayé sur l’hébergement n’est pas initié dès le premier entretien de la deuxième semaine.
Tout comme la modulation de fréquence permet de transmettre un signal grâce à une onde porteuse, l’orientation proposé par l’Estran permet de faire émerger un projet social grâce à la résolution ponctuelle de la nécessité d’hébergement. La demande d’admission dans des structures d’hébergement est d’autant améliorée qu’elle est moins parasitée par des nécessités d’urgence. Par le passage à l’Estran le signal de demande d’inscription dans un projet à moyen ou long terme est rendu significatif et intelligible à la terminologie des structures dont le fonctionnement s’étaye sur un projet. Ainsi, l’Estran, par sa méthodologie qui règle ponctuellement mais de fait la nécessité immédiate vitale, et fait émerger dans cet espace précis la possible projection dans un avenir autre que de survivance, produit un temps de répit qui rend possible la collaboration pour l’émergence d’un projet plausible. Il s’agit simplement ici de provoquer les conditions du passage de l’urgence au travail social qui s’inscrit dans le temps.